En deux ans, l'air fryer est passé du statut de curiosité à celui de pilier du petit électroménager français. Selon le bilan 2025 du Gifam et de NielsenIQ-GfK, près de 3,4 millions d'appareils ont été vendus en 2025, pour 304 millions d'euros de chiffre d'affaires, ce qui en fait le troisième chiffre d'affaires du petit électroménager. Il équipe désormais 38 % des foyers, dix points de plus qu'un an plus tôt. Mais la croissance en valeur est retombée à +9,1 %, après +129 % en 2024, et seuls 58 % des détenteurs déclarent s'en servir au moins une fois par semaine. La vraie question n'est plus de savoir si l'air fryer se vend, mais s'il est en train de devenir un réflexe de cuisine ou un appareil de plus dans le placard.
Une précision s'impose sur ces données. Les volumes, les valeurs et le taux d'équipement proviennent du panel de distribution NielsenIQ-GfK présenté par le Gifam, l'organisation professionnelle des marques d'électroménager. Le chiffre de 58 % est un usage déclaré par les détenteurs, relayé par Offrir International à partir des données du Gifam : il ne mesure pas une utilisation réelle et sa méthodologie détaillée n'est pas publiée. Les comparaisons avec le Royaume-Uni et l'Irlande reposent sur des enquêtes différentes, réalisées à d'autres dates. Elles donnent des ordres de grandeur, pas des chiffres directement comparables.
Une diffusion en trois temps, désormais tirée par le volume
La trajectoire se lit dans les bilans successifs du Gifam. En 2023, près d'un million d'air fryers avaient été vendus en France. En 2024, les ventes ont plus que doublé, à plus de 2,6 millions d'unités, et l'appareil équipait alors plus d'un foyer sur quatre. En 2025, les volumes progressent encore, à près de 3,4 millions.
Le détail intéressant est l'écart entre volume et valeur. Les ventes en nombre continuent de grimper nettement, alors que le chiffre d'affaires ne progresse plus que de 9,1 %. Rapporté aux 3,4 millions d'unités, le chiffre d'affaires de 304 millions d'euros correspond à un prix moyen de l'ordre de 90 euros. C'est le signe classique d'un produit qui sort de la phase de découverte pour entrer dans celle de la diffusion de masse : l'offre s'élargit, les prix d'entrée baissent, et l'appareil touche des foyers moins convaincus d'avance.
Le précédent des robots culinaires
Le même bilan rappelle qu'un succès de petit électroménager ne protège de rien. Dans la préparation culinaire, les robots culinaires reculent de 38,2 % en valeur en 2025 et les kitchen machines de 20,2 %, selon le Gifam. Ces appareils à forte valeur ajoutée ont eux aussi porté le marché à un moment donné.
La différence tient à l'usage. Un robot culinaire suppose de changer sa façon de cuisiner, d'apprendre des programmes, de consacrer du temps à la préparation. L'air fryer s'insère au contraire dans des gestes existants : réchauffer, dorer, cuire une petite quantité sans allumer le four. C'est un argument en faveur de sa durabilité, à condition que l'usage suive l'achat.
58 % d'usage hebdomadaire : un chiffre à lire dans les deux sens
Que 58 % des détenteurs déclarent utiliser leur air fryer au moins une fois par semaine est un bon score pour un appareil de cuisson d'appoint. Mais l'envers du chiffre compte autant : 42 % des détenteurs ne déclarent pas d'usage hebdomadaire. Avec un appareil présent dans 38 % des foyers, cela représente une part importante du parc installé qui sert peu, ou plus.
Les marchés plus avancés donnent une idée de ce que peut devenir l'usage lorsque l'appareil s'installe vraiment. Au Royaume-Uni, l'enquête de Leatherhead Food Research menée en janvier 2025 auprès de 2 057 adultes mesure un taux de possession de 61 % des foyers, et 29 % des détenteurs déclarent un usage quotidien, contre 25 % un an plus tôt. En Irlande, l'étude publiée en juillet 2026 par la CCPC, l'autorité de protection des consommateurs, établit que 73 % des personnes interrogées ont un air fryer chez elles et que 41 % des détenteurs l'utilisent tous les jours.
Deux enseignements en ressortent. D'abord, la France reste loin derrière ces deux pays en taux d'équipement : la diffusion n'a rien d'un plafond atteint. Ensuite, au Royaume-Uni, où l'appareil est installé depuis plus longtemps, l'usage quotidien progresse au lieu de s'éroder. Rien ne garantit que les foyers français suivront la même courbe, mais ces données ne décrivent pas un engouement qui s'essouffle.
Qui l'utilise vraiment : petits foyers et petites portions
Les données britanniques éclairent le profil d'usage. Selon Leatherhead Food Research, 40 % des foyers équipés l'utilisent habituellement pour deux personnes et environ un quart pour une seule. En Irlande, la CCPC observe que les 35-44 ans sont les plus nombreux à en posséder un et que les foyers avec enfants de moins de 18 ans sont plus équipés que les autres.
Ces profils ne se recoupent pas parfaitement, mais ils décrivent un même usage : des repas rapides, en petites quantités, là où le four est surdimensionné. C'est ce qui distingue un appareil qui remplace un geste d'un appareil qui ajoute une contrainte. Pour l'acheteur, la question utile n'est donc pas « est-ce à la mode ? », mais « combien de fois par semaine vais-je cuire une petite portion que je mettais auparavant au four ? ».
Ce qui fera la différence entre usage durable et placard
Plusieurs critères pratiques séparent l'appareil utilisé de l'appareil oublié :
La place sur le plan de travail. Un appareil rangé dans un placard est un appareil qu'on sort moins. Un modèle compact qui peut rester en place a plus de chances d'être utilisé.
La capacité adaptée au foyer. Une cuve trop petite pour une famille oblige à cuire en plusieurs fois ; une cuve trop grande pour une personne seule fait perdre l'avantage de rapidité.
Le nettoyage. La CCPC relève que 3 % des détenteurs irlandais ne nettoient jamais leur appareil, et a publié des recommandations d'entretien. Une cuve difficile à laver décourage l'usage quotidien.
Le coût d'usage réel. Au Royaume-Uni, 62 % des acheteurs pensent qu'il est moins cher à faire fonctionner qu'un four, selon Leatherhead Food Research. C'est une perception déclarée, pas une mesure : l'écart dépend de la durée et de la quantité cuite. Notre calculateur de coût de cuisson permet de comparer selon ses propres usages.
Ce qu'il faut retenir
Les données disponibles ne décrivent pas un effet de mode en train de retomber. Les volumes progressent encore, le taux d'équipement français reste nettement inférieur à celui du Royaume-Uni ou de l'Irlande, et l'usage quotidien augmente au Royaume-Uni, où l'appareil est bien plus diffusé. Ce qui change, c'est la nature du marché : la croissance en valeur ralentit fortement, le prix moyen baisse, et l'air fryer devient un produit de masse.
Le vrai risque se situe du côté de l'usage. Une part importante des détenteurs français ne déclare pas d'utilisation hebdomadaire, et le recul des robots culinaires montre qu'un appareil peut sortir des cuisines aussi vite qu'il y est entré. Reste un angle mort du marché : aucune donnée publique ne mesure en France la fréquence d'usage réelle, ni la part des appareils revendus, donnés ou remisés. C'est cette donnée, plus que les ventes, qui dira si l'air fryer est un équipement durable.
Sources
Gifam et NielsenIQ-GfK, Bilan 2025 de l'électroménager, communiqué du 12 février 2026. Données de panel de distribution, marché français, année 2025.
Gifam, bilan du marché 2024, communiqué du 12 février 2025. Données de panel, marché français, années 2023 et 2024.
Offrir International, Portée par les appareils à forte valeur, la croissance du petit électroménager se confirme, 18 avril 2026. Source de l'usage hebdomadaire déclaré (58 % des détenteurs), d'après les données du Gifam.
Leatherhead Food Research (Sagentia), Air Fryer Survey 2025. Enquête en ligne auprès de 2 057 adultes, Royaume-Uni, 6 et 7 janvier 2025, résultats pondérés.
Competition and Consumer Protection Commission, CCPC Air fryer research 2026, juillet 2026. Enquête auprès de consommateurs en Irlande.