Remplacer le blender, le hachoir et le pétrin par un seul bloc moteur : l'idée revient dans tous les discours sur la cuisine sobre. Un atelier de réparation nantais, Reficio, résume ainsi les tendances durables de 2026 : la polyvalence d'un robot multifonction capable de remplacer trois ou quatre appareils, un seul moteur robuste plutôt que plusieurs petits moteurs fragiles. Les chiffres de vente racontent pourtant une autre histoire. Selon le bilan 2025 du Gifam et de NielsenIQ-GfK, les robots culinaires ont reculé de 38,2 % en valeur en France l'an dernier, pendant que les appareils spécialisés continuaient de gagner des foyers. La fin du suréquipement est une bonne idée ; elle n'est pas encore une réalité de marché.
Une précision s'impose sur la portée de ces données. Les chiffres du Gifam sont des évolutions de chiffre d'affaires sur le marché français, mesurées par panel de distribution : une baisse « en valeur » peut refléter moins d'appareils vendus, des prix plus bas, ou les deux. Ils disent ce qui entre dans les cuisines, pas ce qui en sort ni ce qui dort dans les placards.
Un marché record, porté par des appareils à une seule fonction
Le petit électroménager n'a jamais autant vendu. En 2025, 61,3 millions d'appareils ont été écoulés en France pour 4,41 milliards d'euros, une hausse de 2,9 % qui constitue, selon le Gifam, un seuil jamais atteint. Dans la cuisine, les succès sont presque tous des appareils dédiés à un usage précis.
La friteuse sans huile en est l'exemple le plus net. Près d'un million d'unités vendues en 2023, plus de 2,6 millions en 2024 selon le bilan 2024 du Gifam, puis près de 3,4 millions en 2025. Elle équipe désormais 38 % des foyers, dix points de plus qu'un an plus tôt, et représente le troisième chiffre d'affaires du petit électroménager (304 millions d'euros). Le blender suit la même trajectoire : +16,6 % en valeur en 2025, présent dans 37 % des foyers, avec une offre qui se démultiplie en versions nomades sur batterie et en versions chauffantes pour les soupes.
Autrement dit, là où le discours promet un appareil qui en remplace plusieurs, le marché produit l'inverse : des déclinaisons de plus en plus spécialisées d'un même usage. Nous avions d'ailleurs fait le point sur ce que devient l'airfryer après un an d'usage réel.
Le robot multifonction recule, et c'est tout le segment qui en pâtit
La préparation culinaire pèse 8 % de la valeur du petit électroménager. Elle a reculé de 6,9 % en 2025, alors que la catégorie s'était maintenue en 2024 (-0,9 %). Le Gifam attribue cette baisse aux « appareils à forte valeur ajoutée » : les robots culinaires (-38,2 % en valeur) et les kitchen machines (-20,2 %). En 2024 déjà, la croissance de la catégorie venait des segments traditionnels et monofonction : blenders (+11,3 %), mini-hachoirs (+19,2 %) et batteurs (+8 %).
Le robot culinaire est un achat important, que le foyer peut remplacer, usage par usage, par des appareils dédiés plus accessibles. Les chiffres ne disent pas si les acheteurs de 2025 renoncent au robot ou l'ont déjà : ils montrent seulement que l'argent dépensé en cuisine va, pour l'instant, vers l'accumulation plutôt que vers la concentration.
Suréquiper coûte surtout à la fabrication
L'argument environnemental du « moins mais mieux » repose sur un point solide : pour beaucoup d'appareils, l'essentiel de l'empreinte carbone est payé avant le premier usage. Selon les données de l'ADEME reprises par Impact CO2, un four à micro-ondes représente 121 kg CO2e sur sa durée de vie, dont 76 % liés à sa fabrication. À l'inverse, pour une bouilloire utilisée chaque jour (37,8 kg CO2e), c'est l'usage qui domine, à 84 %.
La conséquence est simple : un appareil acheté pour quelques utilisations par an concentre presque tout son impact dans sa fabrication. Et ces appareils sont nombreux. Une enquête Ipsos réalisée en 2016 pour la filière des déchets électriques comptait en moyenne 99 équipements électriques par foyer, dont 15 petits appareils ménagers, et 6 appareils inutilisés conservés (11 dans une maison). Les ménages interrogés estimaient n'en posséder que 34, soit le tiers de la réalité. Aucune mesure plus récente n'isole les appareils de cuisine qui dorment dans les placards : c'est un angle mort du marché.
Un seul moteur, oui, à condition de pouvoir le réparer
Concentrer plusieurs fonctions sur un seul appareil n'a de sens que s'il dure. C'est le revers du robot multifonction : une panne immobilise d'un coup toutes les préparations qu'il assurait. Le deuxième conseil de l'atelier nantais porte d'ailleurs sur ce point : privilégier les appareils vissés plutôt que collés, et les fabricants qui garantissent la disponibilité des pièces détachées sur la durée.
Le cadre public encourage cette logique. Depuis le 1er janvier 2026, le Bonus Réparation déduit directement de la facture 15 euros pour un robot multifonctions, 25 euros pour un robot pâtissier et 30 euros pour un robot ou préparateur chauffant, contre 15 euros pour une friteuse sans huile. Il s'applique hors garantie, chez un réparateur labellisé QualiRépar.
La directive européenne sur la réparation des biens, applicable depuis le 31 juillet 2026, ne change en revanche rien pour ces appareils. Les obligations de réparation qu'elle impose aux fabricants visent les produits listés dans son annexe II : lave-linge, lave-vaisselle, réfrigérateurs, écrans, aspirateurs, téléphones et tablettes, sèche-linge, entre autres. Les robots de cuisine n'y figurent pas.
Comment savoir si un robot remplacera vraiment vos appareils
Le robot multifonction n'est pas une solution universelle au suréquipement. Il l'est seulement si les appareils qu'il remplace sortent réellement de la cuisine. Quelques questions permettent d'en juger avant d'acheter :
Quels appareils partent ? Lister ceux qui seront donnés, revendus ou déposés en point de collecte. Si la liste est vide, l'achat ajoute un appareil de plus.
Quelles fonctions servent chaque semaine ? Un robot à cinquante programmes dont trois servent n'est pas plus sobre qu'un blender et un batteur bien choisis.
Le bloc moteur se répare-t-il ? Vérifier la disponibilité des pièces, l'existence de réparateurs labellisés et le montant du Bonus Réparation applicable.
L'appareil actuel peut-il évoluer ? Un accessoire supplémentaire ou une révision coûte souvent moins cher qu'un appareil neuf.
Pour comparer les modèles sur ces critères, nos classements des robots multifonctions et des robots cuiseurs détaillent les usages couverts par chaque appareil.
Ce qu'il faut retenir
Le robot multifonction est présenté comme la réponse au suréquipement, mais les ventes de robots culinaires ont chuté de 38,2 % en valeur en France en 2025.
Le marché record du petit électroménager est tiré par des appareils spécialisés : friteuse sans huile dans 38 % des foyers, blender dans 37 %.
L'impact d'un appareil peu utilisé tient surtout à sa fabrication : c'est l'argument le plus solide pour posséder moins d'appareils.
Le Bonus Réparation couvre les robots de cuisine (de 15 à 30 euros), mais la directive européenne sur la réparation ne les inclut pas.
Le nombre d'appareils de cuisine inutilisés par foyer n'est mesuré par aucune étude récente : la réalité du suréquipement reste à chiffrer.
Sources
Gifam et NielsenIQ-GfK, Bilan 2025 de l'électroménager, février 2026. Données de panel de distribution, marché français, année 2025, évolutions en valeur.
Gifam et GfK, Bilan 2024 de l'électroménager, février 2025. Marché français, année 2024.
Ipsos pour la filière DEEE (Ecologic, Eco-systèmes), avec le soutien de l'ADEME, « Chaque foyer français possède en moyenne 99 équipements électriques ou électroniques », juin 2016. Plus de 1 500 foyers représentatifs, entretiens en face à face à domicile.
ADEME, Impact CO2, outil électroménager. Empreinte carbone sur le cycle de vie, répartition fabrication et usage, données Base Empreinte.
ecosystem, Montants du Bonus Réparation, barème en vigueur au 1er janvier 2026.
Directive (UE) 2024/1799 du 13 juin 2024 promouvant la réparation des biens, Journal officiel de l'Union européenne, annexe II.
Reficio, Petit électroménager de cuisine : les tendances durables de 2026, atelier de réparation et de reconditionnement, Nantes.