En 2025, les Français ont acheté 61,3 millions de petits appareils électroménagers pour 4,41 milliards d'euros, un marché en hausse de 2,9 % en valeur selon le bilan annuel du Gifam établi avec NielsenIQ-GfK. L'air fryer est désormais présent dans 38 % des foyers, dix points de plus qu'un an plus tôt. Dans le même temps, la dernière grande mesure de l'Insee montre que le temps quotidien consacré à faire la cuisine est passé de 1 h 11 en 1986 à 53 minutes en 2010. Les cuisines françaises n'ont jamais été aussi équipées, et rien n'indique qu'on y cuisine davantage. La question mérite d'être posée franchement : un appareil de plus fait-il manger mieux, ou seulement acheter plus ?
Une précaution s'impose sur les données. Le chiffre de l'Insee date de 2010 : la nouvelle enquête Emploi du temps, collectée en 2025 et 2026, n'a pas encore livré ses résultats, et aucune statistique publique française plus récente ne mesure le temps passé aux fourneaux. Les travaux qui relient cuisine maison et qualité de l'alimentation proviennent en partie du Royaume-Uni et établissent des associations, pas des liens de cause à effet. Ils décrivent une tendance, pas une loi.
Un marché qui s'équipe, une cuisine qui se raccourcit
Entre 1986 et 2010, les Français ont perdu 18 minutes de cuisine par jour, selon l'Insee Première n° 1417, fondé sur plus de 25 000 carnets d'activités remplis par 15 046 adultes de métropole. Le temps passé à table, lui, a légèrement augmenté pour atteindre 2 h 22 par jour. Les Français n'ont donc pas renoncé au repas : ils ont réduit la part de travail qui le précède.
Cette baisse s'est produite pendant que robots, blenders, cuiseurs et fours se multipliaient sur les plans de travail. L'équipement a progressé, le temps de préparation a reculé. Ce n'est pas contradictoire si l'on admet que beaucoup d'appareils sont vendus pour faire gagner du temps : ils y parviennent parfois, mais le temps gagné ne se transforme pas nécessairement en repas plus élaborés.
Les ventes glissent de la préparation vers la cuisson
Le détail du bilan 2025 du Gifam est plus parlant que son total. La catégorie « préparation culinaire », qui regroupe les appareils servant à éplucher, hacher, pétrir ou mixer, ne pèse plus que 8 % de la valeur du petit électroménager et recule de 6,9 %. Les robots culinaires chutent de 38,2 % en valeur et les kitchen machines de 20,2 %. Seuls les blenders progressent (+16,6 %), et ils équipent désormais 37 % des foyers.
À l'inverse, la catégorie « cuisson des aliments » se maintient grâce à l'air fryer : 3,4 millions d'unités vendues en 2025, 304 millions d'euros de chiffre d'affaires, troisième poste du petit électroménager. Après un bond de 129 % en 2024, sa croissance ralentit à 9,1 %, signe d'un marché qui approche de la saturation.
Le mouvement est net : les foyers achètent moins d'outils qui transforment des ingrédients bruts et davantage d'appareils qui cuisent, dorent ou réchauffent. Un air fryer peut servir à rôtir des légumes frais comme à réchauffer un produit industriel ; l'appareil ne dit rien de ce que l'on met dedans. C'est précisément le cœur du sujet.
Plus de temps à la maison ne veut pas dire plus de cuisine
Une étude publiée en juin 2026 par le Crédoc et INRAE, à partir de l'enquête Comportements et Attitudes alimentaires en France de 2023, apporte un éclairage récent. On pouvait s'attendre à ce que le télétravail, en supprimant les trajets et en ramenant le déjeuner au domicile, fasse revenir les fourneaux. C'est l'inverse : 54 % des télétravailleurs déclarent préparer les repas tous les jours ou presque, contre 65 % de ceux qui ne télétravaillent pas. Ils y consacrent aussi 9 minutes de moins.
Les auteurs l'expliquent par l'externalisation : restauration rapide, boulangerie, plats achetés au supermarché, titres restaurant plus fréquents chez les télétravailleurs. Le temps disponible existe, l'équipement aussi, mais le geste de cuisiner ne suit pas automatiquement. La contrainte n'était donc pas seulement matérielle.
Pour l'assiette, la fréquence compte plus que l'équipement
Ce que la recherche associe à une meilleure alimentation, c'est la régularité de la cuisine maison. Une étude de l'université de Cambridge publiée en 2017 dans l'International Journal of Behavioral Nutrition and Physical Activity, portant sur 11 396 adultes de 29 à 64 ans, montre que ceux qui mangent des repas faits maison plus de cinq fois par semaine consomment en moyenne 62,3 g de fruits et 97,8 g de légumes de plus par jour que ceux qui en mangent moins de trois fois. Ils ont aussi 28 % de probabilité en moins d'avoir un IMC de surpoids. Les auteurs rappellent qu'il s'agit d'une corrélation.
En France, la cohorte NutriNet-Santé estimait que les aliments ultra-transformés fournissaient 35,9 % de l'apport énergétique de ses 74 470 participants, des adultes volontaires qui ne constituent pas un échantillon représentatif. Aucun de ces travaux ne mesure l'effet d'un appareil en particulier. Ils mesurent ce qui entre dans la cuisine et la fréquence à laquelle on y prépare un repas.
S'équiper utilement : partir de ses repas, pas du catalogue
Si l'appareil ne fait pas le repas, il peut en revanche lever un frein réel. Encore faut-il identifier lequel. Quelques repères permettent de trier :
Lister ce que l'on cuisine vraiment sur deux semaines. Un appareil qui ne correspond à aucun plat récurrent a peu de chances d'être utilisé.
Nommer le frein : le temps de préparation, le temps de cuisson, la vaisselle, le manque d'idées. Un robot multifonction répond au premier, pas au dernier.
Tester avec ce que l'on possède déjà. Un four, une poêle, une casserole et un bon couteau couvrent l'essentiel de la cuisine quotidienne.
Compter la place et l'entretien. Un appareil rangé au fond d'un placard, ou long à nettoyer, est un appareil qui sert peu.
Privilégier la polyvalence réelle plutôt que la liste des programmes : trois fonctions utilisées valent mieux que douze ignorées.
Le retour à des gestes simples n'est pas une posture contre la technique. C'est souvent la condition pour qu'un appareil, une fois acheté, serve à cuisiner des produits bruts plutôt qu'à réchauffer.
Ce qu'il faut retenir
Le petit électroménager progresse en France (+2,9 % en valeur en 2025), porté par les appareils de cuisson comme l'air fryer, présent dans 38 % des foyers.
Les appareils de préparation reculent nettement, en particulier les robots culinaires (-38,2 % en valeur).
Le temps de cuisine quotidien a baissé de 18 minutes entre 1986 et 2010, et le télétravail ne l'a pas fait remonter.
Les bénéfices associés au fait maison tiennent à la fréquence des repas cuisinés et aux produits utilisés, pas au nombre d'appareils.
Angle mort : aucune donnée française ne relie aujourd'hui l'équipement d'un foyer à la fréquence à laquelle il cuisine. Les résultats de l'enquête Emploi du temps 2025-2026 de l'Insee diront si la baisse du temps de cuisine s'est poursuivie depuis 2010.
Sources
Gifam, Bilan 2025 de l'électroménager, 12 février 2026 : données de ventes NielsenIQ-GfK, marché français, année civile 2025.
Insee, Le temps de l'alimentation en France, Insee Première n° 1417 : enquête Emploi du temps 2009-2010, 15 046 personnes de 18 ans ou plus en France métropolitaine, 25 551 carnets.
Insee, Enquête Emploi du temps : présentation de l'édition 2025-2026.
Crédoc et INRAE (CMH), Plus d'égalité en cuisine avec le télétravail, Sourcing Crédoc n° Sou2026-5076, juin 2026 : enquête Comportements et Attitudes alimentaires en France 2023.
Mills S. et al., Frequency of eating home cooked meals and potential benefits for diet and health, International Journal of Behavioral Nutrition and Physical Activity, 2017 : analyse transversale, 11 396 adultes de 29 à 64 ans, Royaume-Uni.
Julia C. et al., Contribution des aliments ultra-transformés dans le régime alimentaire des adultes de l'étude NutriNet-Santé, Public Health Nutrition, 2018 : 74 470 participants volontaires, France.