Un robot de cuisine qui resterait branché en consommant 8 watts en veille absorberait environ 70 kWh par an, soit un peu plus de 14 euros au tarif réglementé actuel. Le chiffre circule dans les guides d'achat de robots multifonction et le calcul est juste : 8 W multipliés par les 8 760 heures d'une année donnent 70,08 kWh. Mais un appareil neuf n'a plus le droit de consommer autant en veille. Depuis le 9 mai 2025, le règlement européen (UE) 2023/826 plafonne la veille simple à 0,50 W. La consommation cachée de la cuisine n'a pas disparu pour autant : elle s'est déplacée vers les appareils connectés, les modèles achetés avant 2025 et les états que la loi ne range pas dans la « veille ».
Les montants de cet article sont calculés au prix du kWh de l'option Base du tarif réglementé, soit 20,01 centimes TTC selon la grille EDF applicable au 1er août 2026, pour un appareil branché 24 heures sur 24 toute l'année. Une offre de marché ou l'option Heures creuses donnent des montants un peu différents ; les ordres de grandeur restent les mêmes.
Ce que la loi autorise depuis mai 2025
Le règlement 2023/826 couvre explicitement les fours, plaques de cuisson, micro-ondes, grille-pain, friteuses, machines à café et moulins à café, ainsi que les « autres appareils permettant la cuisson ou tout autre traitement des produits alimentaires ». Les robots cuiseurs, blenders chauffants et multicuiseurs entrent dans ce dernier ensemble. Il s'applique depuis le 9 mai 2025 et remplace deux textes de 2008 et 2009.
Ses plafonds, fixés à l'annexe III, sont les suivants :
Mode arrêt : 0,50 W, abaissé à 0,30 W deux ans après l'entrée en application, donc à partir de mai 2027.
Veille simple (l'appareil attend seulement d'être réactivé) : 0,50 W, soit 4,4 kWh et moins de 90 centimes par an.
Veille avec affichage (une horloge, un voyant d'état) : 0,80 W, soit 7 kWh et 1,40 euro par an.
Veille connectée (l'appareil reste joignable par le Wi-Fi ou le Bluetooth) : 2,00 W pour la plupart des équipements, soit 17,5 kWh et 3,50 euros par an.
Un robot neuf conforme qui consommerait 8 W à l'arrêt serait donc hors la loi. Le scénario des 8 W décrit un appareil ancien, défectueux, ou un état de fonctionnement qui n'est pas juridiquement une veille.
L'appareil connecté, nouvelle source de veille
La hiérarchie des plafonds dit l'essentiel : un appareil connecté a le droit de consommer quatre fois plus en veille qu'un appareil simple. Quatre appareils de cuisine connectés, chacun au plafond de 2 W (par exemple robot, four, cafetière et micro-ondes), cumulent 70 kWh par an. C'est exactement la consommation du robot à 8 W évoqué plus haut, répartie sur plusieurs appareils dont aucun n'enfreint la réglementation.
L'ADEME fait le même constat dans ses conseils aux particuliers, mis à jour en août 2026 : la réglementation européenne limite la veille à 0,5 W pour un certain nombre d'appareils, mais cette limite « reste cependant de 2 W pour les appareils connectés à Internet ». Avant d'acheter un modèle connecté, la question utile est simple : la fonction réseau sert-elle vraiment tous les jours ? Si l'application ne sert qu'à télécharger des recettes de temps en temps, le Wi-Fi peut souvent être désactivé dans les réglages, et l'appareil repasse sous le plafond de la veille simple.
Les appareils achetés avant 2025 restent dans la cuisine
Le règlement s'applique aux appareils mis sur le marché depuis mai 2025. Il ne change rien au micro-ondes de 2015 ni à la cafetière à dosettes de 2018 qui sont branchés en permanence sur le plan de travail. Pour ces appareils, un wattmètre (prise de mesure qui s'intercale entre l'appareil et la prise murale) donne la réponse en quelques secondes : relever la puissance affichée quand l'appareil est à l'arrêt, puis la multiplier par 8,76 pour obtenir les kWh par an.
La mesure permet de trier. Un appareil sous 1 W coûte moins de 2 euros par an à rester branché : le débrancher après chaque usage représente plus d'effort que d'économie. Au-delà de quelques watts, en revanche, la multiprise à interrupteur devient rentable. L'ADEME la recommande précisément pour « éteindre tous en même temps » plusieurs appareils regroupés.
Machine à café : la veille qui n'en est pas une
La machine expresso illustre le troisième gisement, le moins visible. L'ADEME la cite comme exemple d'appareil qui « contient une veille cachée » et chiffre à 3 à 4 euros par an l'économie obtenue en la débranchant. L'explication tient au fonctionnement : une machine qui maintient son thermobloc ou sa chaudière à température pour servir plus vite ne se trouve pas en veille au sens du règlement. Elle fonctionne.
Le règlement encadre justement ce temps d'attente par la fonction de gestion de la consommation. Une machine à café domestique doit passer automatiquement en veille ou à l'arrêt après 5 minutes au maximum si le café est gardé dans un pot isotherme, 40 minutes pour un pot non isolé, et 30 minutes pour les autres machines, expresso comprises. Pour tous les autres appareils couverts, le délai ne peut dépasser 20 minutes. Cette fonction doit être activée à la sortie d'usine ; le fabricant peut permettre de la désactiver, mais doit alors avertir l'utilisateur de la hausse de consommation qui en résulte. Réactiver l'arrêt automatique dans les réglages d'une machine achetée d'occasion ou reparamétrée est un geste simple, qui ne coûte rien.
Remettre la veille à sa juste place dans la facture
Rapportée à l'usage réel, la veille d'un appareil neuf pèse peu. Selon EDF R&D, un robot cuiseur consomme environ 138 kWh par an en fonctionnement, soit près de 28 euros au tarif actuel. Une veille conforme de 0,5 W y ajoute 4,4 kWh. Même le scénario à 8 W représenterait environ la moitié de la consommation en usage.
À l'échelle du logement, le poste n'est pourtant pas négligeable. L'ADEME estime qu'éteindre les veilles peut faire économiser « jusqu'à 15 % de la facture d'électricité (hors chauffage et eau chaude) », soit plus de 100 euros par an. Ce total additionne la box internet, le téléviseur, les consoles et l'ensemble des appareils branchés, bien au-delà de la seule cuisine. L'Union européenne évaluait de son côté la consommation en arrêt et en veille des produits couverts à 59,4 TWh en 2015, et attend de la révision des règles environ 4 TWh d'économies annuelles d'ici 2030.
Ce qu'il faut retenir
Depuis le 9 mai 2025, un appareil de cuisine neuf ne peut pas dépasser 0,50 W en veille simple, 0,80 W avec affichage et 2 W s'il reste connecté. En mai 2027, le plafond du mode arrêt passe à 0,30 W.
Le vrai risque sur un appareil récent est la connectivité : quatre appareils connectés au plafond légal consomment autant qu'un robot ancien à 8 W.
Les appareils antérieurs à 2025 ne sont pas concernés. Un wattmètre suffit à repérer ceux qui méritent une multiprise à interrupteur.
Les modes de maintien au chaud et de préchauffage des machines à café ne sont pas des veilles : l'arrêt automatique doit rester activé.
Aucune mesure publique récente ne documente la consommation réelle en veille des robots cuiseurs et des appareils connectés vendus en France depuis l'entrée en application du règlement. Les rapports publiés du panel de mesures ADEME et Enertech portent sur la consommation en usage et ne détaillent pas la veille des petits appareils de cuisine : c'est l'angle mort à surveiller à mesure que la cuisine se connecte.
Sources
Commission européenne, règlement (UE) 2023/826 du 17 avril 2023 relatif à la consommation en mode arrêt, en veille et en veille avec maintien de la connexion au réseau. Texte réglementaire, application à compter du 9 mai 2025 ; plafonds à l'annexe III, champ d'application à l'annexe II.
ADEME, 20 solutions pour réduire sa consommation d'électricité, page mise à jour le 13 août 2026. Estimations nationales de l'agence, France.
EDF, grille de prix du Tarif Bleu applicable au 1er août 2026 (option Base, 20,01 centimes TTC par kWh), après la délibération de la CRE n° 2026-147 du 15 juillet 2026.
EDF, consommation électrique de la cuisine, consommations annuelles moyennes par appareil issues d'EDF R&D (2021), France.
Var-Information, Choisir un robot de cuisine multifonction en 2026, guide d'achat. Scénario de calcul (8 W en veille permanente), non issu d'une mesure.